novembre 6, 2007...2:32

Premier discours politique et critique de l’antisme.

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Quelques remarques quant aux contenus politiques de la « kampagn ».

1. Premier constat, dans cette campagne, le second degré est une arme de dissuasion.

Tout est permis puisque c’est du second degré. On s’exonère donc à bon compte d’un contenu plus sophistiqué et moins sympathique ; et surtout on se déresponsabilise ainsi de la fonction auctoriale qui consiste à répondre de sa parole comme on répond de ses actes. À s’en tenir aux arguments des uns et des autres, le discours dominant semble être celui de la bonne pensée révolutionnaire dont la soumission à la pulsion rigolarde paraît être le must. On fait donc comme si, nous les artistes (mais surtout pas les intellectuels, artiste oui mais intellectuel non, car intellectuel dans le jargon stalino-révolutionnaire, on sait ce qu’il advient de lui : au goulag !) étions dégagés, dans cette campagne, du sens de la parole donnée. On préfère ricaner et se moquer, suggérer que cela n’est pas sérieux, que c’est pour rire. Rions, rions. Mais que fait-on de la déconfiture généralisée de la part moderne ouverte et progressiste du discours qui serait sensé soutenir nos pratiques ? Devons-nous être les bouffons de la République et du Royaume ? Briser les tables avec les briseurs de tables ? Ce n’est qu’un jeu a-t-on dit ! Un jeu où le tir à pipe et le règlement de compte est la règle ? Un jeu ? En êtes-vous certains ? Pour ma part, mon antisme fondamental m’empêche de rire et de prendre part au jeu avec la bonne dose de second degré requise (que dis-je requise, c’est la carte du parti qui l’exige et l’impose). Le second degré, je suis comme le philosophe, je n’y crois pas. Je revendique pour l’antisme le sens du premier degré mâtiné d’une ironie dénuée du cynisme qui souffle partout sur ce réseau et dans les rues. Et par conséquent je revendique le sens de la parole donnée. Je revendique également le statut de l’intellectuel que plus personne n’ose arborer crainte d’être lapidé par la foule moqueuse des adeptes du second degré. Je revendique comme science première de l’antisme, la bathmologie, cette science des degrés du discours selon laquelle une chose voit son sens se commuer selon le niveau de discours dans lequel est évoquée la chose.
2. Second constat, dans cette campagne, quel est le programme des uns et des autres.

Je vois bien des positions, mais des programmes clairs, explicites, qui engagent une politique et, en ce qui nous concerne, une esthétique ? On en reste au coup de poing et de gueule. On proclame des combats à venir avec les académies ! Bien. Et ensuite. On propose des recettes. On fait de la « com’ ». Mais des programmes rédigés dans une langue appropriée (inventez votre langue, écrivez comme Chateaubriand ou comme Céline ou comme vous voulez, mais écrivez des propositions qui se discutent. On n’a, dans cette campagne, pas encore dépassé le stade du combat de coq (ou combat de rue genre guerre civile, etc. (on a vu les conséquences historiques de ce genre de joute…)).
3. L’antisme a un programme.

Un programme qui n’est pas sympa, certes non. Un programme qui n’est sans doute pas séduisant, mais on ne se refait pas. Un programme qui déroge au second degré et à l’impératif stalino-révolutionnaire de la rigolade généralisée. Un programme qui engage sur un chemin qui n’a rien à voir avec le pop soft et rockn’roll auquel on est prié de se plier. Un programme que chacun peut discuter et enrichir ou réfuter.

Je rappelle donc que le programme antiste opte pour une année de présidence vouée au noir et blanc, aux techniques de reproduction artisanales (gravures et autres), au travail en commun avec les différents acteurs du livre (l’antisme propose d’orienter son année vers les bibliothèques), aux pratiques interdisciplinaires, à la théorie et à la réflexion sur le devenir des pratiques du frémok, sur l’ouverture aux jeunes auteurs, sur l’insertion du lecteur comme acteur à part entière de l’aventure des littératures graphiques. Voici résumées quelques propositions. Il ne s’agit pas d’un programme exhaustif. L’antisme tiendra compte des remarques des uns et des autres pourvu qu’elles fussent autre chose qu’une charge ad hominem.
4. Pour une fois, aucune image n’accompagne l’intervention de l’antiste. C’est un choix délibéré non pas contre les images mais contre la manière pop de galvauder les images. J’appelle les électeurs démocrates et conscients des enjeux à voter Antiste. Ces élections ne sont pas un jeu de guignol.

4 commentaires

  • Général Yacinthe Galbet
    novembre 6, 2007 à 4:06

    Monsieur l’Antiste,
    Vous voulez élever le débat de cette campagne, cela est tout à votre honneur.
    Monsieur l’Intellectuel,
    Votre premier degré est tout à fait bienvenu. Je vous indique néanmoins qu’un peu d’humour vous aurait évité de saborder vous-même votre campagne. Un antiste qui tourne casaque au premier accroc, ça la fout mal. Erreur de jeunesse sans doute.
    Monsieur le (social?)Démocrate,
    Il y aura bien de notre part, comme je l’espère des autres candidats, des propositions claires et un programme à la hauteur des enjeux. Il y a, d’ores et déjà, hier comme aujourd’hui, des actes qui ne sont ni des belles images, ni des beaux discours. Sans la révolution, vous n’auriez peut-être que vos yeux pour pleurer.
    Monsieur le Contre révolutionnaire,
    Il ferait beau voir que le Spartakisme soit une tare.
    Je n’écrirai ni comme Chateaubriand, ni comme Céline, mais j’écrirai volontiers avec le sang des nouvelles et des anciennes aristocraties, d’Outre-tombe et d’ailleurs.
    Monsieur l’Obskuur,
    vous n’avez pas le monopole de l’Antisme tout obskuur de R que vous êtes. Quelque soit le résultat des élektions, l’Antisme fera, j’en suis sûr, parti de notre futur.
    La liberté et l’amor,
    Nous vaincrons!
    Votre général

  • Je crains mon général que vous ne m’ayez pas compris. L’antiste ne croit pas avoir le monopole de l’antisme. L’antiste se fait critique et appelle au dialogue critique. Quant à la révolution et à la contre-révolution, je pense qu’il s’agit là d’une dialectique malheureuse à laquelle il serait temps d’échapper. On sait ce que les unes et les autres ont donné… Et n’ai-je pas proposé que chacun écrive comme bon lui semble ? Je demande un discours critique et rien d’autre. Un discours qui ne se la joue pas. Quant à ma décision de retirer les trakts de la première période de cette campagne, elle était, me semblait-il à ce moment-là, une nécessité. Car, en effet, l’antisme ne pouvait guère s’affirmer dans une bataille rangée où la règle était ni plus ni moins que l’attaque ad hominem sous couvert du second degré, ce brave outil rhétorique bon à tout faire.
    Je constate mon général que vous succombez vous aussi au dédain petit-bourgeois de l’intellectuel. Vos paroles confirment combien oser s’affirmer tel demeure une hérésie, et même en ce lieu! Mais mon général l’antisme ne peut se satisfaire de la pulsion qu’elle soit pro ou contre révolutionnaire.
    Si vous avez bien lu le programme antiste, vous aurez constaté mon général que la discussion ne se situe pas au degré stalino-révolutionnaire ni d’ailleurs contre-révolutionnaire, mais au degré concret du programme esthético-politique que chacun entend promouvoir. Vous me promettez des précisions sur ce point. J’attends de voir et je lirai avec attention le programme de chacun, et même voterai pour un programme dans lequel l’antisme aura sa place.
    Quant à ce qui est de tourner casaque, mon travail antiste parle pour moi. Pop je ne suis, pop je ne serai.
    Antiste je demeure. Bien à vous mon général.

  • Encore un mot mon général, ou avez-vous pêché que je suis un contre-révolutionnaire ? Votre index accusateur devrait au moins reposer sur une citation précise. Je remets en question le dogme révolutionnaire, certes oui. Car on invoque la révolution assez facilement en cette campagne. Mais quelle révolution est prônée ? Et quelles têtes coupées, et quels camps créés et pour qui ? Et la révolution n’a-t-elle pas finalement un sens de retour à la case départ (cf. la définition géométrique de la révolution).
    Il n’y a pas, du point de vue antiste, une évidence révolutionnaire. Révolution me paraît un bien grand mot. entre deux mots, il faut choisir le moindre a écrit le poète. je me range de son côté et je vous laisse mon général les rieurs de votre côté ainsi que les révolutionnaires de tout poils (les futurs apparatchiks, les futurs coupeurs de tête, les futurs garants de la bonne pensée, les futurs timoniers et autres marionnettes de la révolution).
    Je préfère pour ma part antiste un échange de vue qui échappe à l’invective réciproque et au pointage d’index. J’attends calmement vos propositions et les discuterai avec plaisir. Je vous remercie enfin mon général de garantir dors et déjà une place à l’antisme quoi qu’il arrive.
    Mon général, bien amicalement et respectueusement vôtre.

  • Mon général, j’ai retiré l’allusion au spartakisme qui pouvait en effet être interprétée dans un sens social-démocrate qui ne correspond pas à mon intention. Ceci étant dit par souci de probité.
    Bien amicalement vôtre.

    l’antiste de R.

    ps : il va de soi que c’est la violence révolutionnaire que je condamne et non sa visée utopique et progressiste (bien que, la visée utopique n’est-elle pas le coeur même de la violence révolutionnaire ? (c’est une question)).

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